Rue Saint-Claude, deux œuvres à la double référence minimaliste nous accueillent : Pristine Prisms #11 et Pristine Prisms #5, deux structures d’acier, remake des Incomplete Open Cubes de Sol Lewitt. En fond sonore, une voix récitant un poème de John Cage (figure emblématique de la musique minimaliste des années 1960) s’échappe des haut-parleurs fixés sur les structures.
Minimalisme également pour les barres parallélépipédiques et transparentes de It is a separate world. Posées contre le mur, celles-ci rappellent les planches laquées de John McCracken.
Rue des Arquebusiers, est disposée Still no guides, une installation composée de cinq barres verticales agrémentées de néons (matériau de prédilection de Dan Flavin) supportant des hauts parleurs disposés sur toute leur hauteur.
La référence au minimalisme s’arrête cependant à l’esthétique : si les artistes évacuaient tout sens de leurs structures, les œuvres d’Emmanuel Lagarrigue sont, elles, le support d’une réflexion sur la mémoire, individuelle et collective, mouvante et lacunaire.
L’installation Still no guides diffuse une trace sonore d’un film composée de dialogues de ce film, d’extraits d’interviews du réalisateur rejoués, et des souvenirs qu’en ont plusieurs personnes. Ces voix sont soutenues par une musique composée par l’artiste, fruit elle aussi de son souvenir personnel du film. Les mémoires individuelles se confrontent, s’entrechoquent dans cette tentative de reconstituer une mémoire collective.
Seize photographies composent To be continued. Des paysages urbains et ruraux, diurnes et nocturnes, sous-titrés de paroles reprises ou inventées se dispersent sans linéarité sur le mur. Ces images sont celles d’un film jamais réalisé, certaines sont l’œuvre de l’artiste, d’autres sont récupérées. La mémoire trouve une poésie dans ses défaillances et le flou qu’elle génère. Un doute flotte sur les souvenirs, et un jeu sur la présence et l’absence s’instaure : « Comment avons-nous pu nous connaître ? Je n’étais même pas là. ».
Des phrases sont gravées sur les barres transparentes de It is a separate world. Presque invisibles, l’effort à faire pour les lire fait écho à l’effort de mémoire qui traverse toute l’exposition. Dans ses fluctuations, la mémoire en vient même, pour finir, à circuler d’un individu à l’autre : « Ces instants dont on ne se souviendra pas, tu les oublieras pour moi ».
[Visuels : en haut : Emmanuel Lagarrigue, Still no guides, 2008, Installation sonore (chaque élément: 240 x 50 x 50 cm). Courtesy Galerie Alain Gutharc, Copyright Marc Domage / Plus bas : Emmanuel Lagarrigue, Pristine prisms #11 , 2008, Installation sonore. Courtesy Galerie Alain Gutharc, Copyright Marc Domage]
Publié le 16 mai 2008