Du 5 avril au 15 juin 2008, se tenait en Allemagne la cinquième édition de la biennale d’art contemporain de Berlin.
Au KW Institut for Contemporary Art (initiateur historique de la biennale situé dans une ancienne usine de margarine de l’ex Berlin-Est) les 4 niveaux d’expositions laissaient du moins librement apprécier les œuvres qui, de près ou de loin, puissaient leur inspiration dans le passé. « Lost Memories From These Days » de David Maljkovic présentait sous la forme de collages-scénari l’ancien pavillon italien de la foire mondiale de Zagreb. Non loin, Mona Vãtãmanu et Florin Tudor proposaient une installation sonore autour d’un pupitre dont le discours fait écho aux peintures représentant des manifestations d’un autre temps (« Appointment with History » et « Communist Manifesto »). Les deux vidéos de Patricia Esquivias Folklore #1 et Folklore #2, racontaient par l’imaginaire collectif les représentations de l’histoire de l’Espagne là où, à travers l’histoire de l’art, était projeté l’interprétation vidéo du célèbre 4’33’’ de John Cage par Manon de Boer. Histoire encore jusque dans les hallucinations filmées de Michel Auder dans My Last Bag of Herion. Le KW donnait le la d’une biennale qui se penchait donc sur la grande Histoire à travers une multitude de petites narrations individuelles qui présentaient l’avantage d’interroger diversement le visiteur. Les œuvres, très récentes (la plupart dataient de 2007 voire de 2008), proposaient ainsi un regard actuel qui n’a été prédéfini que par le choix de noms (les artistes) plus que des travaux (réalisés pour l’occasion).
C’est ainsi que l’on peut tenter de comprendre (ou pas) l’accrochage réalisé dans la Neue Nationale Galerie qui accueillait dans son immense hall plus de vingt autres artistes. Si les réalisations devaient trouver leur place dans cet espace majestueux conçu par Mies Van der Rohe et dont les seuls murs sont les baies qui le sépare de l’extérieur, elles devaient également cohabiter entre elles sans qu’il n’est été question auparavant de les choisir aussi pour leurs possibles concordances ou leurs heureuses dissemblances. L’impression générale nous privait pas en tout cas d’apprécier certaines œuvres telle le magnifique The Last Silent Movie de Susan Hiller, un film qui offre les sous-titres d’une bande son dont les voix sont celles de ceux qui peuvent, ou qui pouvaient encore, parler une langue disparue ou menacée. D’un passé presque révolu, il en était aussi question avec les traces de la guerre laissées à la ville, tel l’immense cylindre de béton de 12 650 000 kilogramme destiné à tester la résistance du sol berlinois pour la construction de la mégalomaniaque ville Gernania imaginée par A.Hitler et dont se souvient 12 650 000 de Susanne Kriemann. Difficile de dire si les œuvres accumulées ici pouvaient, elles, résister au poids de l’histoire dans ce symbole de l’architecture berlinois qui ne laisse que peut de marges d’erreurs, même quand il ne s’agit que de la présentation d’art contemporain.
Enfin, plus conventionnel (s’il est possible d’utiliser ce terme pour Berlin), le Schinkel Pavillon fut le quatrième et dernier lieu de cette édition où étaient visibles 5 expositions organisées par les artistes eux-mêmes et qui se succédaient le temps de la biennale. Elles proposaient de découvrir ou de redécouvrir des personnalités du monde de l’art et de leur définir leur place face à l’Histoire: Banu Cennetoglu + Masist Gül + Philippine Hoegen, Janette Laverrière + Nairy Baghramian, Pushwagner + Lars Laumann et Ettore Sottsass + Lili Reynaud-Dewar.
[Visuels : De haut en bas : deux vues du KW Institut for Contemporary Art / Mies van der Rohe / Vue SkulpturenPark]
Publié le 23 juin 2008