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Biennale de Berlin - When Things Cast No Shadow
Du 5 avril au 15 juin 2008, se tenait en Allemagne la cinquième édition de la biennale d’art contemporain de Berlin.
Biennale de Berlin - When Things Cast No Shadow
 
On ne compte plus le nombre de biennales qui se tiennent aujourd’hui, des plus importantes aux plus confidentielles, surfant parfois sur une mode d’accompagnement opportun des programmes culturels de villes qui se veulent attrayantes. Il est également question de définir ces événements ponctuant l’actualité de la scène artistique internationale par rapport aux foires qui, tout aussi nombreuses, concentrent un maximum d’activité en un minimum de temps mais de façon quasi-uniforme dans le monde entier.
 
La biennale de Berlin 2008, cinquième du nom, aura déjà su définir la spécificité d’un événement ancré dans la ville qui l’accueillait du 5 avril au 15 juin. Doublée d’un programme de nuit, elle s’est appuyée sur une majorité d’œuvres produites pour l’occasion, souvent in situ, par une sélection d’artistes internationaux plus au moins connus. Sous l’appellation « When Things Cast No Shadow », Adam Symczyk et Elena Filipovic, les deux commissaires, ont définis une édition marquée par l’Histoire avec un grand H, à l’occasion des dix ans d’une manifestation qui, presque deux décennies après la chute du mur, s’est tenue dans une ville où « des histoires irreconciables, des strates temporelles et des cartographies qui s’intersectent ne sont pas des accidents » (dixit Klaus Biesenbach, ancien directeur de la biennale). Les œuvres qui ont été présentées bénéficiaient par ailleurs de certains des plus beaux écrins que la capitale puisse offrir mais qui, en retour, conditionnaient d’une façon parfois assez cruelle la réception des travaux qui se mesuraient à l’histoire de cette ville.
 
KW Institut for Contemporary Art BerlinAu KW Institut for Contemporary Art (initiateur historique de la biennale situé dans une ancienne usine de margarine de l’ex Berlin-Est) les 4 niveaux d’expositions laissaient du moins librement apprécier les œuvres qui, de près ou de loin, puissaient leur inspiration dans le passé. « Lost Memories From These Days » de David Maljkovic présentait sous la forme de collages-scénari l’ancien pavillon italien de la foire mondiale de Zagreb. Non loin, Mona Vãtãmanu et Florin Tudor proposaient une installation sonore autour d’un pupitre dont le discours fait écho aux peintures représentant des manifestations d’un autre temps (« Appointment with History » et « Communist Manifesto »). Les deux vidéos de Patricia Esquivias Folklore #1 et Folklore #2, racontaient par l’imaginaire collectif les représentations de l’histoire de l’Espagne là où, à travers l’histoire de l’art, était projeté l’interprétation vidéo du célèbre 4’33’’ de John Cage par Manon de Boer. Histoire encore jusque dans les hallucinations filmées de Michel Auder dans My Last Bag of Herion. Le KW donnait le la d’une biennale qui se penchait donc sur la grande Histoire à travers une multitude de petites narrations individuelles qui présentaient l’avantage d’interroger diversement le visiteur. Les œuvres, très récentes (la plupart dataient de 2007 voire de 2008), proposaient ainsi un regard actuel qui n’a été prédéfini que par le choix de noms (les artistes) plus que des travaux (réalisés pour l’occasion).

Mies van der RoheC’est ainsi que l’on peut tenter de comprendre (ou pas) l’accrochage réalisé dans la Neue Nationale Galerie qui accueillait dans son immense hall plus de vingt autres artistes. Si les réalisations devaient trouver leur place dans cet espace majestueux conçu par Mies Van der Rohe et dont les seuls murs sont les baies qui le sépare de l’extérieur, elles devaient également cohabiter entre elles sans qu’il n’est été question auparavant de les choisir aussi pour leurs possibles concordances ou leurs heureuses dissemblances. L’impression générale nous privait pas en tout cas d’apprécier certaines œuvres telle le magnifique The Last Silent Movie de Susan Hiller, un film qui offre les sous-titres d’une bande son dont les voix sont celles de ceux qui peuvent, ou qui pouvaient encore, parler une langue disparue ou menacée. D’un passé presque révolu, il en était aussi question avec les traces de la guerre laissées à la ville, tel l’immense cylindre de béton de 12 650 000 kilogramme destiné à tester la résistance du sol berlinois pour la construction de la mégalomaniaque ville Gernania imaginée par A.Hitler et dont se souvient 12 650 000 de Susanne Kriemann. Difficile de dire si les œuvres accumulées ici pouvaient, elles, résister au poids de l’histoire dans ce symbole de l’architecture berlinois qui ne laisse que peut de marges d’erreurs, même quand il ne s’agit que de la présentation d’art contemporain.

Du symbole ou du cliché, il en était tout cas question au SkulpturenPark, autre lieu de la biennale loti entre les immeubles 70’s d’un terrain vague jadis no man’s land à la frontière est-ouest. Si le mur n’est plus, l’image (d’épinale ?) du Berlin en friche demeure. Il reste en effet de très nombreux espaces vides encore de nos jours, mais ce sont des classiques archi-connus et où installations et expositions ne sont pas une nouveauté. Les œuvres des artistes (dont Cyprien Gaillard, Lars Laumann…) étaient disposées entre les hautes herbes et offertes à qui pouvait les voir dans ce reste d’histoire d’un Berlin qui est pourtant déjà passé à autre chose.
Enfin, plus conventionnel (s’il est possible d’utiliser ce terme pour Berlin), le Schinkel Pavillon fut le quatrième et dernier lieu de cette édition où étaient visibles 5 expositions organisées par les artistes eux-mêmes et qui se succédaient le temps de la biennale. Elles proposaient de découvrir ou de redécouvrir des personnalités du monde de l’art et de leur définir leur place face à l’Histoire: Banu Cennetoglu + Masist Gül + Philippine Hoegen, Janette Laverrière + Nairy Baghramian, Pushwagner + Lars Laumann et Ettore Sottsass + Lili Reynaud-Dewar.
Doublé de soirées quasi-quotidiennes, le programme de la biennale rassemblait sous le titre « Mes nuits sont plus belles que vos jours » (en français dans le texte), une série d’évènements artistiques entre performances, workshops, installations et autres concerts éparpillés dans toute la ville pour ainsi couvrir la diversité des formes d’expressions proposées par des artistes de toutes origines et de toutes les générations. Ce programme qui prenait donc place dans l’ensemble de la capitale concluait, jusque dans la nuit, les multiples propositions artistiques nourries du passé. Ce passé qui, s’il peut être convoqué à propos, entre en résonance avec la ville pour que, dans certains lieux, il fasse échos à d’autres histoires avec lesquelles il est parfois pourtant difficile de composer. Klaus Biesenbach conclut à juste titre que « la psychologie d’une ville repose lourdement dans les heures sombres » ; c’est dans cette même pénombre que la biennale proposait ainsi de se retourner when things cast no shadow.
 

 

[Visuels : De haut en bas : deux vues du KW Institut for Contemporary Art / Mies van der Rohe / Vue SkulpturenPark] 

Publié le 23 juin 2008

Par Jonathan Maho
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