Troy Henriksen a demandé à une quinzaine d’artistes de peindre leur vision d’Amy Winehouse, la chanteuse qui défraie la chronique depuis plusieurs mois par ses frasques et ses problèmes de santé, et dont l’album, déjà culte, est considéré comme un chef-d’œuvre du genre. Art and You en a profité pour initier le dialogue entre le galeriste et l’initiateur du projet.
Troy Henriksen, êtes-vous curateur maintenant ?
Je ne suis pas sûr du titre exact, ni même des titres en général. Je sais que je suis un homme avec une idée. Est-ce que ça fait de moi un curateur ? Ce qui s’est passé, c’est que j’ai eu envie un jour de peindre Amy Winehouse, parce qu’elle est absolument sublime, authentique, elle sait chanter, elle sait écrire. J’ai commencé à faire son portrait, et ça m’a beaucoup plu. Mais ce n’était pas assez, parce qu’elle incarne plus que la seule représentation que j’arrivais à en donner. Alors j’ai demandé à d’autres artistes de m’aider. Et « je » est devenu « nous ». Et « nous » sommes beaucoup plus agréables que « je ». Donc « nous » avons tous peint un hommage à Amy Winehouse, que « nous » aimons tous.
Et comment avez-vous choisi ceux qui constituent votre « nous » ?
J’ai choisi des proches, des artistes que je connais. La plupart d’entre eux sont du quartier. On a Irvin Chase de Boston, on devrait avoir une oeuvre de Way Trash des Etats-Unis, mais elle s’est perdue dans le courier, on l’attend. Sinon, il s’agit d’artistes de Paris ou des environs, que j’ai croisés au fil des années, ou que Alex connaît, comme Dominique Fury. Nous sommes aussi très heureux de présenter de tout jeunes artistes qui exposent pour la première fois, comme Cindy Lo qui a 18 ans. On s’est beaucoup amusés, justement parce qu’on se connaît bien. Le vernissage a été incroyable, avec 300 personnes, du vin, un éclairage réussi, un temps parfait, et des gens formidables. Il y a avait une scène ouverte à ceux qui voulaient faire une reprise de Amy Winehouse. J’ai joué ma version de I don’t wanna go to rehab. Ca parlait anglais, français, on a passé un très bon moment.
AG: L’exposition est aussi une sorte d’armée de clones d’Amy. Il y a quelque chose qui n’est pas naturel dans le fait qu’elle disparaisse et réapparaisse sans cesse. Comme elle est intouchable, nous avons dû mettre toutes les œuvres ensemble. Du moins, je l’ai compris comme ça, et quand Troy m’a demandé si ça avait plus de sens d’avoir 2 ou 4 artistes, bien enracinés dans le milieu de l’art contemporain, ou bien une douzaine d’artistes, j’ai senti qu’il serait mieux d’avoir toute la famille ensemble. On a aussi entamé l’exposition le jour de Rock en Seine, où elle était censée se produire, parce que c’était évident qu’elle ne le ferait pas. Jusqu’à maintenant, elle a annulé près de 80% de ses concerts. Nous avons présenté une exposition sur Pete Doherty qui a nous a rapporté au moins 5'000 personnes, qui n’avaient pas pu aller voir son concert. Il se passe à peu près la même chose pour cette exposition-ci.
Est-ce un moyen pour vous de montrer toutes les facettes de cette personnalité complexe ?
TH: Oui. Je ne sais pas si elle est si complexe, mais cette exposition est aussi un moyen de créer une icône. Et c’est amusant de prendre une personne vivante, présente, contemporaine, plutôt que, voyons voir… Marilyn Monroe. Amy est vivante, et elle fait de la super musique. C’est aussi un moyen de dire que nous ne sommes pas dans un ghetto artistique. On peut trouver une connection avec la culture pop en faisant de l’art, et faire partie de tout ça plutôt que d’être dissociés de la vie.
AG: Troy a aussi un statut particulier, parce qu’il est est une figure incontournable du nouveau Montmartre, et qu’il montre une autre facette de lui-même en faisant le curateur. Dans le quartier, le musée Dali est assez récent, toutes les galeries ont fermé, il reste très peu d’ateliers, d’encadreurs. Il y a une grande révolution. Tout ce bagage brut, un peu urbain, new-yorkais, street, c’est une formule qui fonctionne bien avec Troy parce que nous sommes une galerie de graffitis également ici, et qu’il arrive à faire ce mariage du street art, de la galerie d’art contemporain, et du pop en général.
Troy, quels sont vos projets après cette première expérience ?
Travailler sur la prochaine ! « Nous », c’est ça qui compte !
[Visuel : Delphine Perlstein]
Publié le 5 septembre 2008