
L'espace AV, situé à Murcia, Espagne, accueille du 13 juin au 28 septembre 2008 l'exposition « Suture/Hybridation/Recyclage » de la body artist Orlan.
Réalisée en collaboration avec le fashion designer David Delfin (qui avait déjà participé au très contreversé Baiser de l'artiste), cette exposition s'inscrit dans le projet de « Self-hybridation » de l'artiste, consistant à dénoncer la standardisation de la beauté et du corps féminin, invitant à remettre en cause les notions normatives liées à l'apparence.
Considérés comme une deuxième peau, les vêtements ont une place à part dans l'œuvre de la performeuse ; lors de ses précédentes expériences de modification plastique sur son propre corps, les chirurgiens étaient habillés en
Paco Rabanne,
Issey Miyake, Charlotte, Galdeberg,
Franck Sorbier, Lan Vu...
Dans le cadre de cette exposition, Orlan a confié à David Delfin l'ensemble de sa garde-robe crée par Maroussia Rebecq, et a invité le créateur à recréer robes, vestes et pantalons, de différentes coupes et textures. David Delfin a choisi l'agrafe, élément commun à la couture et suture, pour redessiner ces habits, créant ainsi une confusion entre la création textile et la chirurgie, et permettant une mutation permanente dans l'agencement des modèles.
Les vêtements sont suspendus par le biais de crochets à des chaises
Louis Ghost de
Philippe Starck. Ce dispositif permet aux visiteurs de s'asseoir sur ces vêtements. La démarche invite le participant à s'imprégner de l'esprit du propriétaire des vêtements, selon le concept de « l'autre en soi ». En écho à ces questionnements sur la perméabilité de l'identité, Michel Serres développe une métaphore du multiculturalisme et de la laïcité dans le texte écrit pour la publication connexe à l'exposition. Son texte accompagne ceux de Rhonda Garlik, Rocío de la Villa, Pedro Alberto Cruz, ainsi qu'une interview d'Orlan et David Delfín par Isabel Tejeda.
Enfin, une frise de photographies orne l'installation, représentant des jeunes femmes endossant ces vêtements, de dos ; une manière supplémentaire de dénoncer l'anonymat de la beauté telle qu'elle est définie par les critères sociaux, et le caractère interchangeable de l'individu face à la norme.
[crédits photos: vue de l'exposition, espace AV, Murcia. Photo José Luis Montero]